Projet ROME de Microsoft

project ROME de Microsoft

Article écrit par Kévin Honders

Les nouvelles technologies évoluent de plus en plus vite et offrent des possibilités toujours plus nombreuses. Mais à qui profitent-elles ? Nous serions tenté de répondre : à l’utilisateur cependant, cette réponse ne peut être qu’incomplète car elle oublie la moitié de la réponse : des possibilités  existent également pour les entreprises et, en particulier pour les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple), ogres du secteur.

Comment les poids lourds de l’industrie des nouvelles technologies tirent-ils leur épingle du jeu ? Outre la vente des produits « classiques » comme les ordinateurs ou encore les services de communication, la data est en passe de devenir la nouvelle vache à lait de l’industrie 2.0, si ce n’est déjà fait.

La collecte de la data et son exploitation, le data mining, est au centre de toutes les attentions. Si les acteurs économiques y voient une source de profit titanesque, les politiques et autres associations de défense des droits s’interrogent sur la manière dont sont collectées ces données, leur utilisation et donc, leur encadrement.

Jusqu’à présent, et à quelques exceptions près, la collecte des données des utilisateurs s’opérait selon un schéma classique : nos appareils collectent des données qui sont ensuite renvoyées vers plusieurs entreprises, leur permettant ainsi de connaitre nos goûts et nos habitudes d’achat pour ensuite pouvoir nous orienter vers certains produits ou services. Bref, elles nous analysent pour ensuite pouvoir nous proposer ce sur quoi nous sommes les plus susceptibles de craquer.

Il y a quelques jours, Cam Scott, Program Manager chez Microsoft a fait part de quelques informations sur le projet qu’il dirige : le Projet ROME[i].

L’objectif de Cam Scott est de « créer des expériences transcendant un seul appareil vers une harmonie au travers de plusieurs appareils »

Comprenez « mieux cerner l’utilisateur pour lui vendre toujours plus de choses grâce à la possibilité d’observer son comportement en créant un réseau regroupant tous les appareils connectés dont l’utilisateur se sert ».

Ainsi, même si ce projet ne remet pas en cause le schéma classique de la collecte de la data dont nous avons parlé plus tôt, il vient lui donner une nouvelle dimension en élargissant/enrichissant considérablement la précision avec laquelle Microsoft et ses partenaires décryptent nos habitudes.

En effet, ce projet a pour but de doter nos appareils d’applications leur permettant de s’échanger les données utilisateurs et ce, en multiplateforme. A terme, le but est donc de réussir à épier les faits et gestes de l’utilisateur, en continu et sur tous types d’appareils, donnant ainsi une vision bien plus globale de nos comportements et donc, une exploitation de nos données toujours plus performante.

Techniquement, ROME se base sur une API (comprenez interface de programmation) permettant de « créer des applications grâce auxquelles les utilisateurs peuvent commencer une tâche sur un appareil et la terminer sur un autre ».[ii] L’intérêt pour l’utilisateur est ici évident : bénéficier d’une souplesse accrue pour surfer, écrire nos mails, toutes nos activités en somme. L’API va alors pouvoir se connecter aux autres appareils à portée de wifi ou de Bluetooth afin de s’y connecter grâce à deux processus : «RemoteSystemWatcher » et « RemoteLauncher.LaunchUriAsync« .

Le « RemoteSystemWatcher » a pour rôle celui d’éclaireur, son rôle étant de détecter les divers appareils pouvant être connecté à l’API, il se charge ainsi de faire le schéma réseau potentiel de l’utilisateur regroupant un maximum d’appareils. Le « RemoteLauncher.LaunchUriAsync », quant à lui, vient lier le tout, son rôle étant d’établir la connexion entre les appareils détectés et ce, via Bluetooth ou wifi.

Cette idée de créer un réseau d’appareils reliés entre eux en vue de les faire fonctionner ensemble ne date pas d’hier, le projet était déjà dans les tiroirs de Microsoft depuis quelques années déjà. En effet, même si Microsoft commence à réellement à en faire la promotion aujourd’hui, ce projet était en développement depuis quelques temps or, le projet n’en était pas à un état d’avancement suffisant pour permettre une réelle publicité.

Même si le projet avance, Microsoft n’a pas encore réussi à fédérer assez de partisans autour de son projet. En effet, une idée d’une telle envergure nécessite des moyens humains conséquents car programmer et développer des applications fonctionnant de manière synchronisée sur divers supports représente une tâche colossale, même pour l’entreprise de ce bon vieux Bill.

Outre les profits déjà conséquents que le data mining génère déjà, gardons à l’esprit que selon toute vraisemblance, les années à venir vont être marquées par l’explosion du nombre d’objet connectés. Selon les prévisions de l’équipementier Cisco « la France devrait compter 59 millions d’internautes en 2018. À cette date, les connexions mobiles et wifi devraient générer 61 % du trafic global IP. À cet horizon, 444,6 millions d’appareils seront connectés au réseau (en augmentation de 74 % depuis 2013) soit 6,7 appareils connectés par habitant »[iii]. L’opérateur qui parviendra à se positionner en tant que leader des réseaux d’appareils connectés disposera d’une source de data mining presque sans limite.

Enfin, rappelons que l’Union Européenne vient de voter le règlement 2016/679 concernant les données personnelles, celui-ci mettant en place un cadre juridique stricte en matière de collecte et de réutilisation des données personnelles collectées. Par ailleurs, ce règlement prévoit des sanctions très importantes pouvant atteindre 20 000 000€ ou 4% du chiffre d’affaire annuel mondial de l’entreprise épinglée. Les entreprises devront donc bientôt revoir leur copie concernant les projets visant à collecter les données utilisateur de manière aussi importante.

Si tout le monde, utilisateurs comme entreprises, pourraient bien y trouver leur compte, un tel système pose une nouvelle fois la question de la limite de la collecte des données, jusqu’où cette dernière peut-elle aller ?

Si un tel projet se démocratisait, cela impliquerait alors que l’ensemble des actions de l’utilisateur soient observées, enregistrées, disséquées et exploitées par la suite.  Big brother n’est pas si loin.


 

[i] https://blogs.windows.com/buildingapps/2016/10/11/cross-device-experience-with-project-rome/#v6qURZJyGPjiUciO.97

 

[ii] http://www.proximamobile.fr/article/445-millions-dappareils-connectes-en-france-dici-2018-2

 

[iii] https://msdn.microsoft.com/windows/uwp/launch-resume/connected-apps-and-devices

 

 

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  1. […] Article écrit par Guillaume Pers et et initialement publié sur le site de l'Association des Juristes du Numérique […]

  2. […] Article écrit par Kevin Honders et et initialement publié sur le site de l'Association des Juristes du Numérique […]

  3. […] les utilisateurs peuvent commencer une tâche sur un appareil et la terminer sur un autre ».[ii] L’intérêt pour l’utilisateur est ici évident : bénéficier d’une souplesse accrue pour […]

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